Ces pasteurs qui sont de véritables obsédés sexuels
- Jun 16
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Il faut d'emblée clarifier une chose : quand on parle de pasteurs « obsédés sexuels », on ne parle pas nécessairement de scandales ou de comportements déviants dans leur vie privée — bien que certains cas tristement célèbres nous rappellent que cela arrive aussi. On parle plutôt d'un phénomène pastoral bien documenté : ces prédicateurs qui ont fait du sexe le centre de gravité de leur ministère, reléguant l'essentiel de l'Évangile à la périphérie. Le sexe est leur prisme, leur obsession rhétorique, parfois leur outil de manipulation.
Des mensonges Bible en main
La première manifestation de ce problème, c'est la désinformation théologique. Combien de fois a-t-on entendu, depuis une chaire, que les relations sexuelles prémaritales « ouvrent la porte aux démons » ou peuvent « rendre fou » ? Ces affirmations circulent dans de nombreuses églises évangéliques et pentecôtistes, présentées comme vérités bibliques. Le problème : la Bible ne dit rien de tel. L'Écriture appelle à la pureté sexuelle pour des raisons spirituelles et morales, mais elle ne prétend pas que la fornication déclenche une possession démoniaque ou une maladie mentale. Ajouter à la Parole ce que la Parole ne dit pas, c'est un sérieux problème théologique — et c'est aussi une technique classique de contrôle par la peur.
Le sexe comme sommet du mal
Pour ces pasteurs, les dérèglements sexuels constituent le problème numéro un de l'humanité. Mais regardons le monde tel qu'il est : des millions d'enfants meurent de faim chaque année. Des gouvernements pillent leurs populations dans une impunité totale. Les inégalités économiques atteignent des sommets historiques. La corruption institutionnelle gangrène des nations entières.
Ces réalités-là ne semblent pas troubler outre mesure ces prédicateurs. Les péchés sexuels méritent d'être évités, c'est vrai — et un chrétien cohérent le fera. Mais prétendre qu'ils représentent le mal absolu dans un monde marqué par la famine, l'injustice et la violence structurelle, c'est une distorsion grave du message évangélique.
Le silence complice face aux vraies injustices
Conséquence directe de cette fixation : un silence assourdissant sur les injustices réelles. Ces pasteurs ne dénoncent pas la corruption de leurs élus locaux. Ils ne parlent pas des inégalités raciales ou économiques. Ils ne s'indignent pas quand des entreprises exploitent des travailleurs dans des conditions dégradantes. Ils se mettent seulement en croisade pour, disent-il, défendre la morale chrétienne, et se fichent du reste. La morale sexuelle devient la seule boussole éthique, et tout le reste — pauvreté, injustice, mensonge institutionnel — devient invisible.
Dieu récompense les nations « pures » ?
Il y a une théologie implicite dans ce courant pastoral qui mérite d'être confrontée aux faits : l'idée que Dieu bénit les nations sexuellement conservatrices et punit celles qui sont permissives. Mais les évidences empiriques ne suivent pas. Haïti est l'un des pays les plus religieux et les plus conservateurs en matière de mœurs des Caraïbes — et aussi l'un des plus pauvres. Plusieurs nations africaines profondément conservatrices sur ces questions vivent dans une pauvreté extrême. À l'inverse, des pays d'Europe du Nord, nettement plus libéraux, figurent parmi les plus prospères, les plus équitables et les mieux gouvernés du monde. La corrélation que ces pasteurs prétendent établir entre prospérité et morale sexuelle n'existe tout simplement pas.
Jésus n'avait pas ce focus
Il faut rappeler une évidence que ces prédicateurs semblent avoir oubliée : Jésus n'a pas centré son ministère autour du sexe. À son époque, les mœurs de l'Empire romain étaient loin d'être austères. Pourtant, Jésus parlait d'amour du prochain, de justice, d'accueil des exclus, du Royaume de Dieu. Ses disciples ont, certes, abordé certaines questions morales — Paul y compris — mais au sein d'un message global centré sur la grâce et l'amour fraternel.
Un outil politique redoutable
Enfin, aux États-Unis notamment, ce focus pastoral sur le sexe a une fonction politique bien précise. Les peurs sexuelles sont mobilisées élection après élection pour pousser des fidèles vers certains candidats. Ce n'est plus de la pastorale. C'est de la manipulation électorale habillée en langage sacré.
Un pasteur dont le principal sujet de sermon est le sexe devrait peut-être relire ses Évangiles.
Jacques Derida






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